Chapitre 2 L’euphorie est de courte durée

Lucide il sait à qui dédier sa victoire. Ses premiers mots, tout juste sorti du chaudron du Château Carnot où son élection vient d’être proclamée, sont pour Juillet : « Je te dois tout ». Et comme Juillet la joue faussement modeste, il insiste : « Mais si, sans toi je ne serais pas là ! » Sur cette indéniable évidence1 Jo st happé dans l’antre de la rue Thiers2. Une salve d’applaudissements le télé porte au nirvana. Il en redescendra bien vite.

Tout est à faire. Ni lui, ni aucun des adjoints pressentis n’a exercé de responsabilités municipales et les rares à bénéficier d’une expérience sont exclus du premier cercle. Le directeur général est absent, le personnel semble plus tétanisé que mobilisé. Quant à l’encadrement des agents municipaux le spectre du retour d’un descendant d’Adam brouille l’image paternaliste que le maire entend propager. La situation est insaisissable. Les bruits les plus divers font état de scission, voire de sécession entre les pro Jo et les nostalgiques de Bastard. Plus prosaïquement la perspective de devoir remettre à plat les rares projets initiés dans l’intermède précédent n’enchante personne dans les services. Et personne le fait savoir. Surtout au scolaire et à l’urbanisme où la réticence flirte avec la résistance.

Dans la douce euphorie d’un lendemain d’élection son équipe plane. L’insistance mise par Juillet à préconiser une séance plénière – genre séminaire - pour réunir les nouveaux élus sous sa houlette trouve un maire rétif. Jo ne peut se résoudre à formaliser un système de gouvernance, à gérer le groupe. Il excelle dans le conciliabule, dans le tête-à-tête intimiste où charme son ramage rendant inconvenant l’expression de la moindre objection. Il désarme l’incongru qui chicane par un inattendu « Mais oui, tu as raison ». Ce n’est que pour l’embobiner et l’amener à résipiscence. « Bien sûr je te comprends » conclut inévitablement le collaborateur flatté qu’on lui ait donné raison, même l’espace d’un instant.

Rapidement des adjoints et non des moindres, monsieur le frère s’inquiètent en privé du flou managérial dans lequel baigne le Château depuis le départ de l’éphé-maire. Un style évaltonnesque, chevaleresque mais brouillon, un paternalisme fait de séduction et de feinte complicité emporte une toute aussi feinte adhésion puisque nul n’ose - encore - mettre les pieds dans le plat. Aux yeux de tous Juillet est là pour donner du sens, mais donne-t-on du sens à ce qui s’apparente souvent à des mouvements browniens ?

Créer un organigramme, proposer une méthode de travail, instaurer une régularité dans les contacts avec les hommes-clés de l’équipe municipale sont des tâches primordiales auxquelles il ne consacrera que de trop rares instants tout en admettant leur nécessité. Un jour quelqu’un, serait-ce sa conseillère, compare un conseil d’adjoints à un conseil de surveillance. Il fait sienne l’analogie comme si on pilotait une collectivité territoriale telle une société commerciale. N’ayant l’expérience ni de l’une ni de l’autre il se joue de mots dont il méconnaît le sens, mais pratique sans vergogne le court-circuitage, suscitant dans les services et chez ses adjoints beaucoup de remous et les services le font savoir, les adjoints moins qui doivent s’en accommoder.

Il n’est pas homme à s’imposer des contraintes, le flou est dans la nature d’un évaltonné. Il peut ainsi changer d‘avis sans en donner l’impression. Du moins le croit-il ! La gestion au quotidien lui prend la tête. Il virevolte, papillonne, donne peu de cap. Et s’il en fixe un, plus que pour s’y tenir c’est pour dire l’avoir fixé. En passant de l’essentiel au contingent il s’enlise dans le détail. Aucun point de contrôle régulier n’est planifié avec ses adjoints pour s’assurer de la réalisation des engagements. La prochaine échéance électorale est dans moins d’un an. Si proche que nul ne comprend sa réticence à préparer la campagne qui se profile, et à jeter les bases de son organisation.

Ses premières décisions vont marquer son mandat. Prises dans l’enthousiasme de l’élection pour la première, le choix de son directeur de cabinet ; dans une certaine précipitation pour les autres.

Lendemain d’élection, onze heures sur la place du marché, le docteur vapote avant d’entamer sa tournée. Il croise Juillet et on se congratule. Apparaît dans la discussion la nécessité d’une assistance dans ses nouvelles fonctions pour coordonner, préparer, suivre voire alerter. Le docteur doit partager son temps entre ses patients - son gagne pain, et son mandat. Disposer d’un relais loyal et bien au fait de toutes les problématiques, apprécié de ses conseillers, riche de relations et reconnu par tous pour sa contribution à la victoire est une sécurité.

Quelqu’un de confiance et disponible pour t’épauler et t’informer. Accessoirement tu élimines un blog dont tu sais combien il a pu être gênant, et puis avec moi pas de risque que tu ne prennes jamais la grosse tête !

Juillet sait qu’il ne peut s’en passer. Tope la ! L’accord est conclu :

«  Tu me rejoins comme directeur de cabinet d’abord à mi temps. On s’adaptera si ça te prend plus de temps, renseigne toi pour ta rémunération ».

Avoir fait de Juillet – l’homme-auquel-il-doit-tout - son directeur de cabinet est un choix logique, qui se révèle politiquement délicat. Myard le premier le lui fait entendre.

Lors d’un appel au nouvel élu pour le féliciter de son succès, il s’offusque de cette nomination et parle de scandale. A sa décharge le dépité du Vésinet n’a pas été ménagé par le blog pour son engagement borné aux cotés de Varèse. Mais Myard a bataillé toute la campagne contre le docteur, s’est fendu d’un communiqué en faveur de Bastard perpétuant son indigence à comprendre le Vésinet, qui plus est, il a lancé son poulain dans la course pour lui faire perdre encore plus de voix. D’ici à s’insurger du choix du directeur de cabinet du maire contre lequel il a appelé à voter il y a comme une incongruité ! Pas sûr que Myard ait été mouché.

Cette nomination ne sera pas plus franchement assumée devant les opposants vite hystériques. Il laisse insulter son plus proche collaborateur en conseil municipal sans faire appliquer le règlement des débats qui interdit les injures et les vociférations. Pensant gagner la sympathie d’une relique varésienne Jo réplique à la vipère lubrique que son collaborateur bénéficie d’un statut de bénévole ! S’il a cru troquer pour un € symbolique la bienveillance de l’opposition il a d’abord étalé son inconsistance. Quand le collaborateur ravalé au statut de bienfaiteur occasionnel lui demande la raison de cette stupéfiante déclaration, il bafouille puis s’excuse pour son lapsus calami(teux).

Mauvais signal envoyé à tous, message de pusillanimité qui n’incite pas au respect. Jo défend mollement ses amis, n’hésitant pas à se renier pour désamorcer une polémique. Tout ça ce sont des excès de testostérone, explique-t-il pour justifier sa mansuétude. Il ne faut pas se laisser entraîner dans la surenchère, ajoute-t-il répétant les leçons de sa muse.

Pourtant de billes, il n’en manque pas ! Il connaît - Juillet l’a alimenté - toutes les vilenies commises par ses prédécesseurs. Il peut piocher au choix, depuis le rachat de la maison de campagne, le scandale de la diva Labry jusqu’au coach personnel en passant par Ostie, tout ça béni par Bastard … Son carquois ne manque pas de flèches, mais il faudrait à l’archer un bras moins mou pour bander l’arbalète. Le public, comme ses équipiers, vivent mal ses premières séances municipales : quelle image ! Celle d’un maire bousculé, chahuté qui se laisse brocarder, railler, sans danger pour les voyous d’être en retour crucifiés.

Alors la gauche va se joindre à la curée. Ne se l’est-il pas mise à dos ? Il sait mieux que personne qu’il doit aussi à la démission collective des colistiers du PS d’être aujourd’hui au Château. Avec le patriarche rose c’est « je t’aime, moi non plus ». Relations faites d’un pas en avant deux pas en arrière dans la méfiance partagée des promesses non tenues. Le camarade conseiller des bouts de table, abonné comme lui au statut d’opposant se sent victime d’un marché de dupes. S’il a démissionné avec son groupe entraînant la dissolution, il a perdu les deux tiers de ses élus dans la nouvelle assemblée sans autre « récompense » qu’une kyrielle de strapontins en commission. Il doit pour ne pas perdre la face montrer sa pugnacité, prouver qu’il n’est pas le dindon de la farce électorale.

Michel deviendra l’opposant le plus virulent, le plus incisif et déstabilisant de son conseil et des commissions. Hormis lors d’un couscous d’après victoire l’éminence rose ne sera plus consultée par le maire. Elle en gardera une profonde amertume qu’elle compense par un excès de zèle à remuer le fer dans toutes les plaies, plus teigneuse qu’un Bastard, qu’un Chesnais que l’élu ne cherchera pas plus à circonvenir.

D’autres décisions sont prises rapidement, voire précipitamment. Elles deviendront les marqueurs de son mandat et contribuent au succès incontestable de son équipe à l’heure du bilan.

Arrêt de l’enquête publique annoncé à la sauvette dans un Conseil municipal - option qui ouvre le chantier de la refonte du PLU ; arrêt de la circulation des bus de la ligne 19 décidé dans la minute – chrono en main - qui suit une réunion chez le sous préfet ; gestion du risque PIG - agité comme un chiffon rouge par le sieur Fiquet3 - pour l’aménagement des terrains de l’hôpital ; et last but not least le règlement du litige Chaslin.

Ces actions phares signent la nouvelle politique qui va redonner sa fierté au Vésinet.

Des décisions fortes et conformes aux engagements électoraux endossées, par obligation, plus que par franche conviction. Et quand Jo réalise qu’avec tous ces chantiers il est embarqué sur un rafiot dont il ne tient pas la barre il fustige – dans leur dos - ceux qui l’ont entraîné sans lui donner une chance de descendre avant l’inéluctable naufrage.

Pour couronner, alors que le rafiot tangue quelqu’un en « haut lieu » se charge de lui signifier qu’il n’est pas né grand timonier : monsieur le sous-préfet. 

 

 

1 Le porte parole de Myard et tête de liste, à l’instar d’autres opposants, jugera « fabuleux » le coup politique réussi par le blog pour le compte du nouvel élu.

2 Où se situe son local de campagne, et se réunissent ses amis pour célébrer la victoire

3 JP Fiquet - sous pseudo - publie régulièrement des billets dans le blog de Phénix pour dénoncer la folie des opposants à son PLU. Ils créent, dit-il, une situation qui va permettre au préfet de construire 1.000 logements sur les terrains de l’hôpital.

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