Chapitre IV Royal au bar !

 

La rentrée de septembre se fait dans l’optimisme. Tout n’est pas réglé et la ligne 19 constitue encore une poche de pus au nord de la ville, et une pépite pour les avocats. Seulement la refonte du PLU est bien amorcée. Le préfet s’est décrispé, l’initiative du gel de neuf parcelles pour implanter des logements sociaux a séduit les autorités. L’adjoint à l’urbanisme semble maîtriser le choix de l’aménageur pour les terrains de l’hôpital et les opposants n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent, excepté encore et toujours le statut du directeur de cabinet. Ils tiennent leur revanche. Coupable d’avoir éliminé le p’tit Robert, défait l’éphé-maire, ruiné les espoirs du « manager » aux dents longues, et fabriqué avec succès un successeur, Juillet est une cible de choix : il a dépassé l’age légal pour tenir officiellement cette fonction. Pendant qu’ils se déchaînent et déversent leurs calomnies en toute impunité ils passent à coté des vrais problèmes. Il vaut mieux leur laisser un os à ronger commente philosophe le maire, sans se préoccuper de ce qu’en pense l’intéressé.

Jo est guilleret en ce début d’automne, il voit poindre une réélection de maréchal. Au nombre de louches qu’il serre on pourrait croire qu’il concourt avec Chirac ! De toutes parts il s’entend dire que le Vésinet est propre, que ça change enfin. Les feuilles mortes le savent qui n’ont plus qu’à bien tomber. Pas une chute sans qu’elle soit suivie d’un coup de balai, instruction en a été donnée au directeur général. Jo est félicité pour son sens de l’écoute, sa disponibilité. Ce n’est plus comme avec l’autre pète-sec, pas plus haut que trois pommes qui ne se prenait pas pour le quart de son logarithme. Le docteur, lui, aime les gens, pour de vrai.


Son style fait merveille !

Quel contact ! S’il est une qualité qui lui est propre c’est la mise en confiance. Lui doit-elle d’être devenu médecin, à moins que ce ne soit à l’écoute des gros et petits bobos qu’il ait développé ce talent. Toujours est-il qu’il maîtrise son charme, arme redoutable de retournement des plus virulents. Il faut avoir vu un visiteur courroucé entrer dans son bureau fulminant, en ressortir un petit quart d’heure plus tard souriant, remerciant son interlocuteur pour ce qu’il allait faire. La technique est rodée. « Mais bien sûr, vous avez raison … bien entendu je vous comprends … d’ailleurs, je pense qu’on pourrait …. » In fine le visiteur a du se contenter de peu, d’une insigne marque d’intérêt, d’une promesse qu’on se reverrait !

A quel instant le visiteur a-t-il baissé la garde, est-il tombé sous le charme, ça dépend du degré de méfiance du personnage. Toujours est-il qu’au premier coup ça marche. Rare ceux qui partent dépités. Les plus malins entrent dans le jeu et attendent le second entretien. La plupart sortent bien heureux : ils ont été écoutés, même si quelques minutes plus tard ils réalisent qu’au fond Jo a éludé.

Mais si le visiteur revient, le masque tombe. Car amoindri l’effet du charme Jo est piètre vendeur. Aux objecteurs il n’oppose que deux approches : céder sans toujours savoir comment assumer et transmettre la patate chaude à ses collaborateurs; ou se cabrer, devenir cassant et expédier l’insolent se faire voir ailleurs. La négo, le compromis ça ne se pratique pas dans l’exercice de la médecine de famille. Et quand on est imbu d’une certaine supériorité ça ne s’apprend plus.

« Enfin des personnes abordables, simples et de bonne volonté  dirigent la mairie » Petites vieilles et petits vieux ne tarissent pas d’éloges. Le maire est sur son petit nuage. « Royal au bar » l’expression fétiche des barmen gratifiés d’un pourliche princier résonne dès qu’un visiteur quitte son bureau avec force salamalecs, assuré que sa doléance est érigée au premier rang des préoccupations municipales. Gare à l’adjoint qui ne traiterait pas séance tenante les requêtes qui sont transmises par l’édile en personne. Même l’austère sainte patronne des crèches devrait pouvoir surbooker.

Nombreux ceux et celles qui en profitent … si le maire feint de s’exaspérer qu’autant de solliciteurs font le siège de son bureau, Jo en est flatté et alimente par sa gentillesse la file des obligés. Deux personnages, pas moins, en abuseront, harcelant maire et adjoints, squattant les bureaux du Château.

Pour l’un, redessiner une rue, élargir ses trottoirs, disposer des herses ou des coussins berlinois, dérouter des bus, rien n’est à exclure pour garantir sa tranquillité. Ce riverain obstiné n’hésite pas à donner directement ses instructions. Jo laisse faire au grand dam des services. A la clé n’y a-t-il pas 30 logements sociaux, les premiers à sortir de terre depuis 6 ans. Le poil à gratter aura été neutralisé et les logements seront comptabilisés. Bonne pioche !

Un autre préside dans l’associatif lucratif et chamarré. Il a le bras long1 et obtenu du précédent « gouvernement » l’exorbitant privilège de faire son beurre en squattant le domaine public. Le maire refuse tout net de « privatiser » le pourtour du lac des Ibis pour y planter les guitounes de ses exposants. Il repousse le requérant sur la pelouse des fêtes. Lequel vert de rage racole une bobo du Marais, blablateuse de radio qui se précipite au Château et menace le maire de cracher sur les ondes tout le mal qu’elle pense des bourges du Vèze. Elle ne doit qu’à l’heure matinale de ne pas avoir été défenestrée et son pote avec. Le maire ulcéré, convaincu par ses collaborateurs et l’ensemble des services, tient bon. L’exposition des croûtes aura lieu, mais pas autour du lac. C’est méconnaître l’entregent de l’organisateur qui harcèle les élus, les bombarde de mails et organise une fausse vraie fronde des peintres du dimanche. Un matin, stupéfaits les proches du maire apprennent qu’il a donné l’autorisation – sans contrepartie – d’étaler les tentes des barbouilleurs sur la route du lac ! La manifestation sera un succès.

Suffirait-il de contester, de donner de la voix … les services sont inquiets, et si la méthode était généralisée … ?


Un drame humain vient parfaire son image. Drame qui bouleverse les agents et soulève une intense émotion. Tout le monde en convient Jo a été parfait, disponible, humain, discret, attentif au moindre aspect de la détresse qui s’est abattue fatale et foudroyante. Ça se sait, on le fait savoir, il s’est comporté en père autant qu’en maire. Tous unis dans le respect.

Il est intraitable, les petits soucis dont souffrent les administrés doivent être traités. Le médecin perce sous le premier magistrat. Aucun prurit aussi bénin soit-il ne doit rester sans pommade, peu importe quelle soit de perlimpinpin. Un égout bouché, une branche d’arbre sur la chaussée, un lampadaire qui rechigne, un fourgon de forain abandonné, tout se traite dans l’urgence. Un appel du maire, la visite d’un adjoint, le passage d’un agent ! Et là on engrange les dividendes : mécontent d’un jour, électeur pour toujours. La martingale – est-elle héritée – fonctionne à merveille et le maire divise son temps entre les malades de son cabinet et les administrés bien soignés, trop contents de voir enfin une municipalité s’intéresser à leurs petits tourments. Et quelle efficacité ! L’épouse distraite d’un président habitué à croquer du lion, à peine remise du choc causé par l’irruption de deux malfrats recevra la visite du maire venu s’assurer de sa sécurité. Elle en fut tellement ébaudie que quinze jours plus tard elle lui donna l’occasion de récidiver.

 

A l’écoute des gens Jo est aussi plein de sollicitude pour son entourage, n’évoque-t-il pas le poste d’adjoint qu’il veut offrir à Juillet dans sa future équipe pour mettre un terme à tout ce tintouin concernant son age. « Comme ça au moins ils arrêteront de t’emmerder ! ». Comme son interlocuteur reste muet, il poursuit : « Quel poste tu voudrais ? ». « Écoute, on en reparlera », esquive le collaborateur bénévole.


Tout baigne, le moment est venu de réfléchir aux élections. D’ailleurs il est sollicité, on le pressent vainqueur quelque soient les candidats de l’opposition. Un petit politicien du terroir va tenter de se raccrocher à sa locomotive pour trouver le siège qu’il échoua de loin à gagner en 2008. Sa quête sera pathétique et le maire victime de son incapacité à dire non, s’en fera un ennemi déterminé.

Refuser, dire non n'est pas inné chez le maire, ce serait même contre nature. Question d'éducation, de formation, ou de profession, toujours est-il que lorsqu'il veut signifier une opposition à une proposition formulée par son interlocuteur, il commence par lui donner raison ! Ce qui n'est pas la meilleure façon de le préparer à un refus. A ses proches il épargne cette rhétorique et sait être direct si ce n'est brutal dans l'expression de son refus.


Ce prétendant à une place sur la liste s’est fait insistant tout l’été. Il harcèle le cabinet du maire pour être reçu au Château, et ne fait pas mystère de sa prétention à décrocher une place d'adjoint … A son actif, son poste de délégué local d'un parti croupion et avoir fait condamné le chef cantonnier pour candidature illégale. Pour des raisons d’élémentaire bon sens le maire n'a aucune intention de satisfaire cette prétention. Le postulant aura audience au Château et baladé plusieurs mois sans qu’un refus clair et net ne soit formulé. Si Juillet lui fait comprendre, plus souvent qu’à son tour, que sa requête n'a aucune chance d'être exaucée, jamais le maire n'éconduira le prétentieux quémandeur. Il s’en vengera dans des articles sulfureux pendant la campagne, vidant son fiel sur des sortants dont il avait fait le siège pour s'en procurer un!


Jo réunit fin septembre autour d’un couscous marocain les fantassins de la campagne victorieuse. Il a aussi convoqué de nouvelles têtes qu’il souhaite intégrer sur sa liste 2014. Dans la fièvre de ce lundi soir Jo annonce que tous, anciens et nouveaux seront de la prochaine équipe. Pour ceux qui savent compter on est bien au delà de 33 ! Assistent à ce dîner quelques boulets dont Jo a du s’accommoder - bien contre son gré - lors de la constitution de son équipe, et dont il a décidé de se séparer.

« Tu comprends il est trop tôt pour dire aux uns et aux autres que je ne veux plus les garder » répond-t-il à ceux qui s’étonnent d’être en surnombre. Et puis on va certainement avoir des défections d’ici à février. La méthode ne fait pas l’unanimité. Des conseillers, des adjoints grimacent, se demandent à quelle sauce ils vont être mangés. 

 

1 On doit à ce proche de Varèse l’idée loufoque du jumelage du Vésinet avec Ostie, commune de Rome

 

 

 

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