Chapitre 5 Bygmalion : l’affaire qui n’éclatera pas !

Comment communiquer ? La question le taraude. Dès son élection il a sollicité quelques proches. L’épouse d’un adjoint est pressentie, elle fait officiellement dans la communication et offre de rédiger les speechs du maire qui se refuse à les improviser. A tous ceux à qui un élu peut devoir s’adresser … et ça en fait des discours à prononcer surtout que le maire n’écrit rien de sa main ! Le jour où elle entend de ses oreilles que Jo ne lit pas ses œuvres mais celles d’un scribouillard concurrent elle fulmine et manque de lui dire publiquement son fait ! Elle n’est pas la seule à être mise à contribution sans même être remerciée par un mot courtois. Corvéables, consommés puis jetés leur liste s’allonge, ils en gardent un profond ressentiment.

La com devient vite un problème aigu. En interne on le bride. D’incessantes voix le somment de ne rien publier, de ne rien revendiquer. D’abord décidé à saisir la justice, il hésite à révéler ce qu’il a trouvé en arrivant : les ordinateurs « nettoyés », les bureaux vidés, les instructions de destruction d’archives qui n’auront volontairement pas été appliquées, des collaborateurs harcelés. « On » tentera longtemps de lui masquer l’existence de notes budgétaires contraires aux obligations de sincérité qui s’imposent aux élus. Quand elles lui sont mises sous le nez, il se refuse à sanctionner.

« On » lui conseille de ne rien communiquer des anomalies découvertes dans le budget hérité du londonien. Des centaines de milliers d’€ de dépenses obligatoires (fioul et autres fluides, frais de timbres…) volontairement ignorées, sous estimées, ce qui constitue une faute pénale. Même en conseil municipal où sa parole est pourtant libre et non susceptible d’enfreindre les dispositions du code électoral il n’en dira rien !



« Aucun bilan, aucun succès ne peut être porté à votre crédit, monsieur le maire, sans vous mettre en infraction avec la législation » la ritournelle est rabâchée. Les textes préparés pour la revue municipale reviennent zébrés. La moindre allusion à une réalisation de son équipe est retournée biffée, aucune amélioration même insignifiante n’échappe aux ciseaux d’Anastasie. Les adjoints, les conseillers, monsieur le frère au premier chef, aussi des visiteurs, des gens influents qu’il croise en ville s’étonnent, quand ils ne le critiquent pas, du silence officiel depuis que sa majorité est aux manettes.

La ville ne bruisse-t-elle pas de rumeurs ?

Le préfet aurait décidé de saisir les tribunaux. Un projet d’intérêt général imposerait plus de 1.000 logements sur les terrains de l’hôpital. Un avocat Montessonnais, le verbe haut et habile en moulinets, fait déjà des gorges chaudes de la future cité des mille. Le report de l’enquête publique serait illégal. Un préavis de grève de la Police municipale aurait été déposé sur le bureau du maire. Démentir c’est consentir puisqu’il n’y a de fumée sans feu ; laisser dire c’est bien sûr donner crédit aux âneries.



Pour communiquer, il faut se livrer, fendre l’armure, arrêter de leurrer. IL s’y essaiera et se sentira piégé par le journaleux d’une feuille de chou locale qui n’était tombé ni de la dernière pluie, ni dans le panneau de la séduction. Il révélait les hésitations, les contradictions du maire … Mal à l’aise dans cet exercice il choisira d’échapper, de se défiler et refusera les interviews.



Il n’empêche, le problème du faire savoir reste entier. Comment gérer la relation avec la « hiérarchie » comme l’un de ses prédécesseurs désignait la préfectorale, quand on est complexé devant les « VIP ». Comment traiter d’égal à égal avec ses compères maires quand on tolère d’être invectivé – euphémisme - par Bel et Murez en conseil communautaire  devant tous ses pairs? Comment dealer avec les leaders de l’opposition de son conseil municipal quand on se laisse traîner dans la boue – son directeur de cabinet et son père avec - en interdisant à ses conseillers révulsés de répondre aux insultes

Nécessité fait loi, et la proximité de l’ouverture de la campagne le force à sortir du bois. Coup de chance, un expert de la communication en période de crise et préélectorale en même temps fois a des accointances au Vésinet. Cet expert qui deviendra médiatiquement célèbre – connaît à la perfection les problématiques des maires, n’a-t-il pas été directeur de cabinet à l’hôtel de ville de l’Aigle d’où viendront tant de maux. Il s’intéresse au cas du Vésinet dont il perçoit spontanément tout le potentiel pour le développement de ses activités. Après plusieurs réunions de travail et rendez vous téléphoniques, prétextant un calendrier surchargé alors que la priorité en période préélectorale n’est plus de faire mais de faire savoir, le maire laisse soudain tomber.

Ce coach de grands politiciens, intime de ministres, de députés, de préfets, n’a-t-il pas récemment déjeuné avec l’un d’entre eux cher aux vésigondins, ce possible Pygmalion aurait-il fait concurrence à une souris, toujours est-il que le maire enchaîne reports puis annulations. Une opportune et réelle rage de dents épargnera à l’élu dont Bastien Milot (DG de Bygmalion) n’aura guère goûté les atermoiements – et moins encore la discourtoisie - une méchante épine dans le pied !

Ce non choix se révélera six mois plus tard un acte manqué dont il ne peut que se féliciter. Une casserole tintamarresque a été évitée. Qu’aurait-on dit si l’affaire Bygmalion avait étendu ses tentacules jusque dans l’antre du pouvoir vésigondin !

Après bien des palabres Juillet obtient de mettre un olla aux insultes colportées, en particulier lors du Conseil du 20 juin, par des opposants. L’avocat de la ville assure que les propos enregistrés entraîneront une condamnation. Peu importe in fine qu’ils le soient explique son collaborateur, il faut détenir un moyen de pression, posséder un atout, des munitions. Il sera toujours temps d’en décider ou pas l’utilisation. Jo se range à cette idée et devant témoin donne instruction aux services de poursuivre les trois délinquants. C’était en juillet. L’étrange refus de l’huissier – un habitué du précédent mandat - de réaliser la transcription des débats incriminés nourrit la suspicion. Les relances n’y feront rien. L’officier public prétend ne pas pouvoir faire une transcription assermentée. Duplicité, collusions, complicités internes, l’huissier rendra feuille blanche ! L’affaire ne sera jamais élucidée. Mais les soupçons sortent renforcés.

En septembre, quand il doit viser la citation invitant les délinquants à comparaître, la main tremble, la mémoire flanche. Jo ne se souvient plus avoir voulu engager des poursuites. Les mêmes arguments ne trouvent plus d’écho et la plainte – pourtant rédigée par le conseil reçu au Château - ne sera pas transmise au doyen des juges d’instruction. Cerise sur le gâteau, il refusera de viser la facture de l’avocat, s’engageant seulement à la transmettre … entre les deux tours du prochain scrutin, quelque en soit le résultat ! Tétanisé qu’il était à la perspective d’en voir le montant apparaître en « décision1 » lors d’un prochain conseil.

Jo avait déjà renoncé à sa liste civile, dès le début du mandat. Décision faussement anecdotique et combien révélatrice d’une résignation à subir les opposants, d’un refus d’imposer sa marque. Pour faire rembourser les frais de représentation, quelques rares invitations à déjeuner, ou quelques kilomètres lors de ses déplacements, le maire doit faire voter une ligne budgétaire par le conseil municipal. Simple formalité, si ce n’est que l’opposition n’aurait pas manqué de vociférer, de fustiger les gabegies … en ces temps de disette. On aurait pu leur souffler leur texte. … So what !

Ce n’était qu’un mauvais instant à passer pendant lequel rien ne lui interdisait de mettre – ostensiblement - des boules Quiès. Paradoxalement ne pas s’être soumis au vote lui coûtera très cher. Comment tenir son rang et de traiter correctement les personnalités qu’un maire se doit de bien recevoir, comment se déplacer en dehors de l’arrondissement ? Il ne s’agissait pas de se gaver mais de se comporter en maire jouissant de toutes ses prérogatives. Y compris celle de régaler.

Les conseils d’adjoints sont le théâtre d’un étrange jeu d’ombres. Le maire écoute sans intervenir, consultant par œillades sa conseillère affairée à gratter du papier. Un infime signal intime au maire l’ordre d’intervenir quand elle décide que les adjoints doivent être recadrés. D’autres fois elle les somme de se justifier, d’expliquer et les tance quand elle les juge vaseux ; ignorant le débat, le maire fixe ses pompes.

Parfois les interventions s’éternisent sur des sujets subalternes, reléguant des problèmes cruciaux au prochain conseil, puisque l’appariteur a sifflé la fin du temps réglementaire. A moins que des entretiens bilatéraux en Jaguar ne permettent ensuite de traiter les questions en suspens.

Des maires - adjoints accessoirement managers rompus aux bonnes pratiques des sociétés cotées y seront traités sans égard tels des sous-fifres. L’un deux jurera ses grands dieux que plus jamais on ne le reverrait si d’aventure il était encore éreinté. On connaît la suite, on s’habitue à tout, même aux couleuvres. Tous demandaient le respect d’un ordre du jour et la maîtrise de l’agenda pour que chaque sujet puisse être abordé et pas seulement les espaces verts. Sans succès.

A ces conseils d’adjoints, outre madame la muse (écrire madame l’amuse serait médire) siégeait de droit monsieur le frère. Ainsi une fois par semaine la fratrie communiquait. Moments épiques où usant de son agilité intellectuelle et de sa verve impétueuse l’ainé mettait son cadet sur le grill, s’étonnant dans une feinte naïveté des carences de management, de l’absence de communication, de la mollesse et du laisser faire à la tête dont il stigmatisait avec brio et justesse les effets. Le maire en profitait pour s’éclipser et vapoter, et quand il revenait le visage fermé c’était pour annoncer : la séance est levée ! Quant au premier adjoint, il n’était pas rare qu’un problème opportun l’éloigne de ce simulacre de comité de direction.



Malgré les suggestions pressantes pour organiser des tête-à-tête avec ses alter-ego le maire préfère rester à l’écart (problème de pécunes ?) et n’institue aucune relation privilégiée avec ses collègues de la communauté ou des villes voisines. Il n’aura pas plus de contact avec son député. Quant à Saint-Germain le malentendu est total et le mystère entier : il aura intrigué ceux qui ont assisté à leurs entretiens. L’acharnement de l’un et le désespoir de l’autre à se faire entendre ont donné lieu à des scènes dignes du théâtre. Coté cour on fait une fixette sur le statut d’un modeste collaborateur bénévole acting directeur de cabinet, on notifie le trésorier payeur de bloquer toute indemnité comme si les fondements de l’ordre républicain étaient sapés, coté jardin on bloque la circulation des bus comme un vulgaire voyou des cités.

Que le préfet se saisisse du cas Chaslin, qu’il évoque l’article 40 concernant le directeur de cabinet lui coupe ce qui restait de jarrets. Jo n’est plus que l’ombre de lui-même, le séducteur fait piètre négociateur. On ne courtise pas un préfet, et on « deale » mal quand on est cornaqué. Se faire accompagner par sa muse conseillère lors des rendez vous boulevard de la paix ruine le crédit qu’un préfet peut accorder à un médecin généraliste. S’il doit être chaperonné chaque fois qu’il met un pied dehors a du songer l’homme de St Germain …

Doutant de tous et de toutes, Jo questionne souvent Juillet : « Que penses tu du cas G B ? Bizarre, il ne me dit rien, ne me transmet aucun compte rendu, je ne sais pas ce qu’il fait. Il faut s’en méfier ». Jo voit des ennemis partout, sans avoir toujours tort. Mais pas question quand on les identifie, preuves à l’appui, de les éradiquer, il faudrait oser. Garaud est là pour l’en dissuader.



Il n’est pas habitué à voir son autorité contestée, ses diagnostics ne le sont pas !

« Vous voulez ma place, lance-t-il quand on dispute ses avis » - et imagine un complot quand l’une de ses rares décisions ne fait pas l’unanimité. Il stigmatise ceux qui lui signalent de probables difficultés : « Ici on ne me parle que de problèmes, on ne me remonte que des difficultés, à t’entendre tout va mal » reproche-t-il à son plus proche collaborateur. Son premier adjoint – qui a déjà eu sa dose - s’interpose : « oui tu sais, c’est comme ça la conduite des affaires. »

La perspective d’ennuis à venir l’excède et le paralyse. Ce sera le cas avec les rythmes scolaires, dossier qu’il poursuit de son désintérêt. Il refuse d’écouter Juillet alerté par les réseaux sociaux quand il l’informe que la rue s’échauffe2, jusqu’à ce qu’il entende les clameurs sous sa fenêtre. Il contredit publiquement son adjointe dans un Conseil Municipal tumultueux et lâche le lest qu’une heure auparavant il lui avait refusé de lâcher. Elle manqua tout larguer. Y a-t-il d’exercice du pouvoir sans couleuvres à avaler ? 

 

 

1 Toutes les dépenses engagées par le maire sous le régime de la délégation de pouvoirs étendue doivent être présentées lors des conseils. On les appelle : décisions.

2 Ses projets de réforme des rythmes scolaires vont enflammer les réseaux sociaux pour un petit quart d’heure de pause méridienne supplémentaire

 

 

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